Essai

Chikita lit : des histoires de filles

King Kong théorie - Virginie Despentes - Chikita lit

King Kong Théorie par Virginie Despentes paru chez Grasset, 2006

Bon, nous voilà arrivés au point où il nous faut nécessairement parler des choses importantes. Pour être sûrs qu’on ne part pas sur un malentendu.

Je suis du côté des enfants. Pour tout le temps que j’aurai à vivre, je serai du côté des enfants (mais on aura le temps d’y revenir). Et puis, je suis aussi du côté des femmes. Droits collectifs et libertés individuelles y compris.

Je suis du côté de tout ce qui concerne l’émancipation féminine.

Les blagues sur les blondes ne me font pas rire, Catherine et Liliane ne me font pas rire.

Etre une femme n’est pas un ressort comique. Ce n’est ni ridicule, ni dérangeant, ni absurde, ni obscène. Ce qui est ridicule, dérangeant, absurde ou obscène, c’est la position sociale dans laquelle elles sont maintenues et parfois se maintiennent elles-mêmes. C’est le peu de modèles ou de référents qu’elles s’offrent à elle-mêmes.

C’est cette façon d’incarner l’idée du second rôle.

Nous ne faisons pas jeu égal. Pas en dehors d’une petite minorité. C’est un constat, pas un jugement.

Virgine Despentes, phare dans la nuit

“Le fantasme du viol […] est un dispositif culturel prégnant et précis, qui prédestine la sexualité des femmes à jouir de leur propre impuissance, c’est à dire de la supériorité de l’autre, autant qu’à jouir contre leur gré […]. Il y a une prédisposition féminine au masochisme, elle ne vient pas de nos hormones, ni du temps des cavernes, mais d’un système culturel précis, et elle n’est pas sans implications dérangeantes dans l’exercice que nous pouvons faire de nos indépendances.”

King Kong théorie est globalement construit autour de trois questions : viol, prostitution, pornographie et rien n’est laissé de côté. Tout est considéré méthodiquement par l’autrice avec distance et emphase en même temps. Y compris son propre viol, à dix-sept ans, en faisant du stop avec une amie. Et oui, parce que tout est là. Le viol c’est la grande peur de la femme. Son angoisse intime. Quelle que soit la femme en question. D’où que nous venions. Voilà l’outil de la domination masculine.

Que faire ?

Virginie Despentes a sa propre réponse : en finir, changer le monde, oser la révolution. Oser marcher sur de nouveaux chemins. Hommes et femmes, ensemble.

Ou a défaut, tant que ce grand soir se fait attendre, regarder la réalité de cette société bien en face et être au clair avec les choses comme elles sont et ce qu’on risque en tant que femme à vouloir persister dans des archétypes culturels qui maintiennent forcément en état de soumission.

Alors la voilà qui tente le tout pour le tout et se débarrasse de tous les oripeaux du féminin. Une femme, même considérée comme vieille, grosse ou laide risque le viol tant qu’elle reste une femme. Il faut devenir autre chose. Jouer avec le genre, même avec de vieilles étiquettes (Virginie Despentes explique à qui veut l’entendre qu’elle se sent moins concernée par la féminité depuis qu’elle est devenue lesbienne à 35 ans).

Ce qui est formidable avec Virginie Despentes, c’est l’énergie qu’elle met à sortir des sentiers battus, à penser les choses que les autres se refusent à penser, à se salir les mains pour être sûre de pouvoir offrir une voie de secours, une piste parallèle, à celle qui en aurait besoin.

Malgré toute l’outrance du personnage, sa démarche est capitale.

Chikita


2 commentaires

  • EL

    Merci Chikita de dire aussi bien ces choses essentielles !
    Merci de présenter Virginie Despentes dans ce blog et de rappeler cette posture à ” durée indéterminée ” nécessaire à adopter pour rester en vigilance.
    Le statut du ” deuxième sexe ” n’en finit pas de devoir évoluer parce que rien n’est jamais définitivement acquis dans le domaine.
    C’est au quotidien que les choses doivent se rappeler aux oublieux… Cette égalité jamais obtenue à peine régulée par des quota … Une histoire de force biologiquement plus développée chez les uns qui maintient les autres en état d’infériorité… Qui a la puissance ?
    Pourtant que l’histoire pourrait être belle !
    Evaluna

  • Chikita

    Françoise Héritier pensait que cette distinction biologique n’était pas “naturelle” mais construite par une pression de sélection imposée par l’homme. Pression qui s’exprime notamment par la possibilité ou non pour la femme d’avoir eu accès à la protéine alimentaire. En gros (pardon pour ces raccourcis) l’alimentation des femmes a toujours été sujette à des interdits alimentaires notamment liés à leur cycle menstruel. Et pendant les périodes où il leur aurait fallu plus de protéine qu’un homme (l’état de grossesse par exemple), elle puisaient dans leur propre organisme les ressources nutritives nécessaire. Tout ça, pour Françoise Héritier, à concouru au dimorphisme sexuel que nous connaissons aujourd’hui. Ces thèses sont loin de faire l’unanimité, mais je suis contente qu’elles existent. D’ailleurs zou, c’est décidé, bientôt une chronique sur Françoise Héritier !
    Merci pour ton commentaire
    Chikita

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