Roman

Chikita lit : des comètes littéraires

valérie valère - Malika - Chikita lit

Malika ou un jour comme tous les autres par Valérie Valère paru chez Stock, 1979

Pfiou… Par où commencer ?

D’abord, peut-être, par reconnaître que oui, c’est vrai, tout ça n’est pas de première jeunesse…

Mais rappelez-vous, ce blog ce n’est pas un catalogue indexé sur la rentrée littéraire. Tout se mélange un peu, ici…

Alors, voilà : l’année dernière au mois de juin, en plein inventaire du CDI d’un établissement qui n’était pas le mien, je suis tombée sur un titre. Attention, comprenez bien, je suis vraiment tombée sur un titre. J’avais mon fichier d’inventaire entre les mains, où se succèdent une série de cotes, de titres et de numéros d’exemplaires. Avec un tel fichier, le but du jeu pour un documentaliste c’est un peu de faire “l’appel” des livres.

-Le parfum ?

-Présent !

-Le passe muraille ?

-Présent !

-Le Pavillon des enfants fous ?

Attends, quoi ? Le quoi ? Et bim ! C’est comme ça que Valérie Valère est entrée dans ma vie… Avec un crochet du droit. Le pavillon des enfants fous… Ça m’a tué. Je n’avais aucune idée de qui pouvait bien être cette fille qui n’avait pas survécu aux années 80 (littéralement puisqu’elle s’est suicidée en 82 à 21 ans). Ni même de quoi pouvait parler ce livre. Mais bon sang, Le pavillon des enfants fous… Quand on aime les mots, on voudrait pouvoir avoir écrit un livre qui porterait ce titre.

Valérie Valère, ou la rage enfantine

“J’essaie d’écouter ce que raconte ce vieux professeur aux épaules tombantes et à la moustache en accent circonflexe, je me dis : “Concentre-toi mon vieux, tu sais bien qu’il y a une interro la semaine prochaine”, mais vous savez, quelquefois, ce n’est pas si facile d’écouter avec sérieux les formules chimiques des corps et surtout pas lorsqu’un seul mot vous tourne dans la tête en essayant de vous faire éclater de rire au milieu de ce silence de mort : “ridicule, r, i, d, i, c, u, l, e”.”

Valérie Valère c’est une comète. Le Pavillon des enfants fous, elle l’écrit à quinze ans après un long internement en hôpital psychiatrique pour “soigner” une anorexie. Le texte est un coup de poing. Quinze ans… Il se dégage de son récit une trop grande maturité intellectuelle, une compréhension trop vive, trop brutale du monde et de ce qui s’y joue. Ingérable pour une enfant de cet âge (elle a treize ans au début de l’hospitalisation).

Et la suite ne s’arrangera pas : Malika, c’est l’histoire de deux enfants Malika, 10 ans, et Wilfried, 15 ans, la sœur et le frère. Malika et Wilfried sont laissés livrés à eux-même par un père trop riche et trop absent. La seule figure adulte dans leur monde c’est la femme de ménage qui vient chaque jour et leur laisse des spaghetti bolognaise dans le congélateur. Tous les jours, des spaghetti bolognaise.

Jeux d’enfants

Mais d’adultes, Malika et Wilfried, se passent bien. D’ailleurs, ils ont vendu tout le mobilier chic de l’immense appartement haussmannien de leur père pour le remeubler à leur manière. A base de plastique, d’étranges sculptures et de plantes vertes. Et puis surtout, Malika a une passion. C’est Wilfried.

Vous l’avez compris, il sera question d’une relation. Que je ne qualifierai pas ici. Au delà de l’histoire en elle même, qui ne dit que le mal-être de sa jeune autrice (17 ans pour celui-là), c’est la justesse des sentiments, des sensations, de la psyché de ces personnages qui frappe brutalement.

Et la plainte violente, longue de trois ou quatre livres, de cette jeune fille, jusqu’à sa mort, qui nous rappelle que oui, ces enfants trop sensibles, trop intelligents existent. Et que leur vie est parfois un enfer.

A (re)découvrir !

Chikita

2 commentaires

  • EL

    Chikita, la difficulté, c’est de résister à tes invitations, tant la mise en appetit littéraire est forte !
    Ceux qui avaient 25, 30 ans en 80, l’âge de tous les possibles, retrouveront chez Valérie Valère, au delà des éléments centraux de l’ouvrage, des ambiances qui risquent de parler fort.
    Merci !
    EL

    • Chikita

      Merci ! Oui peut-être, c’est vrai que l’ambiance du livre est celle d’une époque… Mais c’est aussi très universel. Cette rage adolescente (ici portée au paroxysme) c’est celle d’un âge avant tout. Ça n’a pas mal vieilli du tout.
      Chikita

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