Anticipation

Chikita lit : des odyssées

Pascale Perrier et Sylvie Baussier - Là-bas, tout ira bien - Chikita lit

Là bas, tout ira bien par Pascale Perrier et Sylvie Baussier paru chez Scrinéo, 2019

Notre espèce est complètement désespérante. Sur de nombreux points. C’est vrai.

Mais nous avons aussi de belles capacités biologiques. Je crois que des trucs comme la monogamie et la durée d’élevage des petits signent chez nous de très fortes compétences empathiques.

Mais est-ce que c’est assez ? Est-ce qu’on en fait assez ? Et pourquoi cette empathie, si belle soit-elle, n’est-elle, la plupart du temps, seulement réservée qu’à nos proches ou nos connaissances ? Ou à tout le moins à ce qui nous est familier ? Pourquoi n’est-on pas capables de nous préoccuper plus que cela des étrangers qui souffrent ? Est-ce une limite cognitive (je m’interdis d’écrire biologique) ? Est-ce un défaut d’éducation ?

La prof en moi a une réponse, la lectrice de vulgarisation scientifique que je suis parfois, en a une autre, et au final mon moi profond n’en sait rien.

Voilà, on est bien d’accord, je n’ai pas de réponses à ces questions, sinon je serai au pouvoir… Et je suis comme tout le monde, il m’a fallu la photo du petit Aidan, pour que je ne supporte plus ce qu’il se passe en Méditerranée. Ma mer. Au bord de laquelle j’ai grandi. Qu’une partie de mes grands parents a traversée pour trouver en France une vie meilleure.

Pascale Perrier et Sylvie Baussier en passeuses de réalité

“Martha est une amie que je me suis faite. Elle donne des cours de langue, et je les suis chaque fois que je peux. Une fille super d’une vingtaine d’années. Elle n’a que six ans de plus que moi, mais a toujours une maison et une famille, elle. Juste parce qu’elle a eu la chance de naître dans cette région et non pas en France comme moi.

A quoi ça tient, le bonheur et la vie facile ? A deux ou trois détails qui ne tiennent pas à nous ni à notre comportement. Une question de chance.”

” 2030.

En France, une terrible crise économique ravage le pays. Il n’y a plus de travail, à peine de quoi manger. Comme la plupart des habitants, Iza, Erwan et leurs parents empilent quelques affaires dans leur voiture et partent. Léon, lui, quitte seul la ferme où il a grandi. Dès qu’il sera arrivé, il enverra de l’argent à sa famille. Il a promis. Les voilà sur la route, loin de la vie qu’ils ont toujours connue. Leur seul espoir ? Celui d’arriver là-bas, 4000 kilomètres plus au nord, où le bruit court qu’un avenir meilleur les attend. Très vite, les trois adolescents se retrouvent livrés à eux-mêmes, sans ressources, sans pouvoir faire confiance à personne. Alors que faire ? Revenir en arrière n’est plus une option. Ils doivent continuer à avancer vers l’inconnu.

Entre mésaventures et désillusions, Erwan, Iza et Léon vont vivre un véritable cauchemar. Dans un monde où avancer devient un combat de chaque instant, plusieurs questions les taraudent : arriveront-ils « là-bas » ? Et s’ils réussissent, qu’est ce qui les y attend ?”

Voilà en quelques phrases à quoi tient l’histoire écrite à quatre mains par Pascale Perrier et Sylvie Baussier.

Presque de la transposition, plus que de l’anticipation. Parce que ce que vont vivre leurs personnages, c’est déjà la réalité de millions de personnes sur notre planète.

Une lecture difficile donc, parce qu’on sait déjà, presque par expérience, que leur périple ne se passera pas bien. Mais une lecture qui devrait toucher le plus d’ados possible. D’abord, parce que le texte en lui même est impeccable, autant dans la forme et la construction narrative, que dans la vraisemblance des faits.

Et puis, parce qu’il y a un truc que Pascale Perrier et Sylvie Baussier ont bien compris, c’est qu’une bonne histoire vaut tous les discours.

Pourquoi ? Mais, parce que l’empathie… Les héros sont des français contemporains – ou presque, leur quête serait forcément la nôtre dans leur situation, leurs références sont les nôtres, leur culture est la nôtre… Le “familier” joue à plein et nécessairement, fonctionne.

Merci à Babelio, et Scrinéo de m’avoir permis de parler de cette histoire indispensable ici. Merci à Pascale Perrier et Sylvie Baussier de l’avoir inventée et écrite, merci d’avoir trouvé ce truc pour parler de migration, de fuite, d’exil, de pauvreté, d’espoir.

D’humanité.

Chikita

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