Jeunesse

Chikita lit : des mythes modernes

 Orphée - David Almond- Chikita lit

La chanson d’Orphée par David Almond paru chez Gallimard Jeunesse, 2017

Il y a un truc que j’aime vraiment, mais alors vraiment bien, c’est la mythologie.

Oui, oui, je vous entends de là : roh, oui bon…

Hé ben moi je dis, non pas “bon” ! Ces histoires là, elles nous ont fondé, nous sociétés occidentales, au même titre que le monothéisme, le communisme ou le capitalisme. Je vous préviens, je vais m’enflammer, parce que j’aime vraiment ça…

Cette façon de faire cohabiter l’horreur et la civilisation, de tenter de discipliner l’humanité, de lui donner une origine, des héros. De faire avec sa nature violente en même temps que ses plus hautes aspirations. Ces mythes dont on accepte qu’ils aient plusieurs versions, parce qu’ils sont là pour ça, moi je les adore. Sauf peut être le coup des Argonautes, ce côté dream team artificiel, tous ces hommes sur ce bateau… ultra-testostéronés… ça fait fake…

Bref je m’égare. Mais la mythologie ça, oui ! Et le mieux du mieux, c’est quand un mythe (beau à vous faire pleurer l’âme) est réadapté. Mais attention, il faut que ce soit bien fait !

Et bien ici, c’est formidable !

Une fantastique transposition moderne du mythe d’Orphée

“Je suis celle qui reste. Je suis celle qui doit raconter. Je les ai connus tous les deux, je sais comment ils ont vécu et comment ils sont morts.”

Claire, la narratrice, est une jeune fille de dix-sept ans, lycéenne. Elle a une meilleure amie, Ella Grey. Le reste est pure poésie. Claire sort avec des amis. Ella ne peut l’accompagner, elle est punie par ses parents. Claire rencontre Orphée, jeune vagabond musicien, Orphée chante dans le téléphone de Claire pour qu’Ella puisse entendre sa mélodie. Ella tombe amoureuse.

Un amour adolescent, aussi fort que celui des adultes, aussi fou que celui des enfants. Ella et Orphée se marient sur une plage anglaise, en pleine nature. Un serpent pique Ella-Eurydice et la tue.

Le reste vous connaissez non ? Dans le mythe originel, Orphée resté seul, erre à la recherche de sa bien-aimée. Sa musique, plus triste que jamais, fait pleurer la terre entière. Puis il décide de descendre aux enfers réclamer Eurydice à Hadès et Perséphone, les maîtres des lieux. Il réussit à les envouter avec sa lyre si bien qu’en récompense, ceux-ci lui permettent de remonter à la surface de la terre avec son amoureuse. Mais à la condition qu’il marche devant elle et ne se retourne à aucun moment sur le chemin de la sortie.

Tout est tellement beau ici, de l’évocation de la nature, de ces longues plages du nord, battues par les vents à la description si juste du pouvoir d’envoutement d’Orphée. Un récit onirique (et j’adore ça), un moment hors du temps, une histoire à classer avec toutes ces histoires adolescentes du bord de l’eau (Lullaby, Ava, Pauline…) où l’on naît à soi même et l’on renaît aux autres…

Terrible !

Chikita

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