Jeunesse

Chikita lit : des histoires qui aident à devenir grand

Max et les maximonstres - Maurice Sendak - Chikita lit

Max et les Maximonstres par Maurice Sendak paru à l’école des loisirs, 1973

Aaaaahhhh ! Enfin ! Enfin !

Oui, ce titre là, j’en ai parlé depuis le premier jour. Sans mentir, si votre ramage c’est LUI qui m’a donné envie d’ouvrir ce blog. Il est dans mes six livres à emporter sur une île déserte. C’est LE livre qu’il faudrait lire à un enfant s’il n’y en avait qu’un (mon dieu quelle idée horrible) !

Et pourtant j’ai tourné, j’ai viré, j’ai rôdé comme un cochon malade et je ne vous en ai pas dit plus…

Mais qu’est-ce qu’elle lui trouve ?

D’abord il est beau…

Ah non Chikita ! Pour l’amour, le vrai, tu ne peux pas t’arrêter au physique !

Oui mais qu’est ce que vous voulez, il me fait perdre la tête… Au point que j’en bafouille, j’en tremble. Bref je fais la maline et je continue à tourner autour du pot, je n’arrive pas à commencer !

Maurice Sendak, le plus grand pédagogue au monde
Max et les maximonstres - Maurice Sendak - Chikita lit

Bon allons-y.

Max et les Maximonstres c’est l’histoire d’un petit garçon qui fait des bêtises. Trop de bêtises. Alors il est puni par maman. Qui l’envoie dans sa chambre. Et là, une gigantesque forêt envahit la pièce familière pour la transformer en jungle. C’est le début d’une grande aventure au pays des monstres…

Il y a au moins trois choses qui font de cet album un objet fantastique.

D’abord, une construction particulière

19 doubles pages. Sur les premières le texte est à gauche et l’image à droite au milieu de la page. Puis au fur et à mesure que l’on tourne les pages et que l’excitation de Max grandit, l’image envahit la page de droite, déborde sur celle de gauche, et finit par “écraser” le texte en ne lui laissant qu’un bandeau de plus en plus fin en bas de la double page (3 lignes / 2 lignes / 1 ligne). Au sommet de l’excitation, pendant la fête “épouvantable” que Max et les monstres organisent, le texte disparaît au profit de l’image (3 doubles pages).

Puis Max décrète que ça suffit. Le bandeau revient, de plus en plus large, avec un texte de plus en plus fourni (3 lignes / 4 lignes ). Et finalement le texte finit par avoir le dessus total sur l’image en deux doubles pages. (Bien plus vite donc que quand il avait disparu.) Sur la dernière double page il n’y a que deux mots entre tirets ” – tout chaud- ” et plus aucune illustration.

Cette construction narrative n’est pas gratuite. C’est la bataille que mène Max contre ses monstres.

Une symbolique forte

Le texte ici, c’est la raison. L’image, la pulsion enfantine. Une pulsion sauvage (le titre original, tellement beau, y fait d’ailleurs allusion : Where the Wild Things Are), incontrôlable. Qui pousse nos tout petits à courir partout, à crier, à tempêter, à hurler, à désobéir. Toutes ces choses normales tant qu’un cerveau humain est immature. D’ailleurs tout le monde le sait : l’âge de raison c’est 7 ans. Quand on comprend le bien, le mal et la conséquence de ses actes. Avant ça, l’enfance, c’est le Far West.

Et bien l’histoire de Maurice Sendak, c’est exactement ça. En direct et pour toujours. C’est ce moment-là, précisément, qui est fixé sur le papier, quand un jeune enfant, encore innocent mais déjà sauvage (disons un loup blanc 😉 ) fait cet effort pour la première fois. Quand tout seul, sans l’aide d’un adulte, pour la première fois, il se dit stop. Quand pour la toute première fois, il se raisonne, se calme. Et qu’il fait un pas vers la société des Hommes. Et ce premier pas (si grand pour lui, si petit pour nous), nous l’avons tous fait.

Il résulte d’un choix. D’un renoncement. C’est renoncer à la toute-puissance (les Maximonstres ont reconnu Max comme leur roi, rappelons-le) pour grandir enfin et sortir du territoire furieux de la petite enfance.

Je crois honnêtement que personne d’autre que Maurice Sendak n’a su capter ce moment aussi justement dans un album jeunesse.

Un texte magnifique

Et puis bien sûr, Max et les Maximonstres ne serait pas ce qu’il est sans cette écriture. Au plus près des enfants, avec une économie de mots, et une telle justesse dans le sentiment enfantin, Maurice Sendak leur parle de ce qu’ils sont. De ce qu’est la petite enfance, ce temps où il est normal de manger sa mère, littéralement (avant de se tourner vers un autre type de nourriture). Où il est normal qu’un voyage prenne quelques heures et quelques années en même temps et où la terreur, l’épouvante et les monstres côtoient les joies, les bonheurs et les mamans aimantes.

Le meilleur, je vous dis.

Chikita

8 commentaires

  • EL

    Grand St Tout ou grand St Rien, ( je sais tout… surtout que je sais rien…) faites que tous les papas et toutes les mamans s’éprennent de Max pour le faire aimer et adopter par tous leurs petits marmots !!!
    Merci Chikita pour cette belle écriture et ce talent de conteuse à l’écrit, qui donnent envie !
    Evaluna

  • Brigitte

    Grand merci d’avoir attiré l’attention sur cette pépite d’album édité chez le grand Delpire en 1967 , décrié à l’époque mais toujours tellement actuel autant dans sa forme comme Chikita le remarque si bien que dans son fond. Une occasion aussi de relire Cuisine de nuit ou Quand papa était loin de Maurice Sendak

    • Chikita

      Mais oui Brigitte, c’est vrai ! “Max et les maximonstres” a connu une première édition française chez Delpire (qui avait remonté la dernière phrase sur la page précédente d’ailleurs). Merci de le rappeler. Et oui aussi, il faut aller lire “Cuisine de nuit” et “Quand papa était loin”. Il faut lire Sendak à ses enfants ou petits enfants. Allez, c’est promis je lui consacrerai d’autres billets ! Merci beaucoup pour ce commentaire !
      Chikita

  • Ghislaine

    Quelle belle écriture ! Comment résister à un tel talent ? Dès mon retour , je me précipiterai dans ma librairie préférée pour me procurer Max pour mon petit-fils Maxime.

    • Chikita

      Merci beaucoup Ghislaine pour ce commentaire ! Oui Maxime me paraît être tout prédestiné, au moins par ce nom en commun, à lire les aventures de Max ! 😉 Et j’espère qu’elles lui plairont beaucoup, qu’elles l’amuseront autant qu’elles l’inquièteront (mais juste ce qu’il faut c’est promis !).
      Chikita

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *