Policier

Chikita lit : des polars où tout (ou presque) se passe dans la tête

Quand sort la recluse - Fred Vargas - Chikita lit

Quand sort la recluse par Fred Vargas paru chez Flammarion, 2017

Il y a quelques années de ça, je me suis intéressée de près à la psychanalyse. Par curiosité, pour ma culture personnelle. Je trouvais que certains concepts infusaient tellement dans notre société, que ça valait le coup quand même de les maîtriser un tant soit peu. Et pas juste pour faire bien.

Bon et là, y a pas grand chose d’autre à faire que de se plonger dans le texte, Freud dans un premier temps, Lacan ensuite et les autres (quelques autres, on a parlé d’une initiation hein…) pour finir.

J’ai souffert, oh combien, avec Lacan ! Mais Freud, c’est un peu plus abordable. Et ce moment-là de l’histoire de nos sciences humaines est avouons-le, passionnant et extrêmement riche.

Alors voilà, je me suis mise à aimer les lapsus, les gestes parasites, les bribes de rêves du matin… Toute cette vie cachée de l’inconscient, que Freud, avec ses outils et en son temps (entendons-nous bien), aimait à traquer et à débusquer chez ses patients pour leur faire dire leur vérité.

Je ne vais pas lancer un débat sur la psychanalyse. Je n’en maîtriserai pas les termes. Mais en gros, cette façon de se dire qu’on aurait quelque chose à dire, que l’on s’empêcherait inconsciemment de dire et qui nous ferait dérailler, pour quelqu’un qui aime les mots, c’est chouette. (Pour la psychologie et la médecine moderne peut-être un peu moins, c’est vrai…)

Transposons tout ça dans un domaine fictif où l’on ne peut faire de mal à personne, et ça devient jubilatoire !

Fred Vargas, accoucheuse des consciences

“Adamsberg n’avait pas l’intention de livrer pour l’instant la bulle gazeuse – la “proto-pensée” […]- qui lui faisait supposer que, pour avoir choisi l’infinie difficulté du venin de recluse, il fallait avoir été recluse soi-même. Et que pour être devenue recluse, il fallait avoir été séquestrée.”

Dernier tome de ce que l’on pourrait appeler la “saga Adamsberg”, du nom de son personnage récurrent, Quand sort la recluse, est un polar extrêmement réjouissant.

Il y est question du commissaire Adamsberg donc, et de la vie de sa brigade. On y retrouve avec plaisir, les commandants Danglard et autres lieutenants Veyrenc. L’affaire qui les remue, cette fois-ci, est liée à la mort de plusieurs octogénaires nîmois. Tués, pense Adamsberg. Avec du venin de recluse, précise-t-il encore.

Et l’on apprend que la recluse est le nom donné à une araignée commune, très timide, qui se cache dans les greniers sombres du sud de la France.

Comme souvent, Fred Vargas nous emmène avec elle sur les traces de quelque animal mal aimé (après les loups, les rats…), à la poursuite de croyances locales, folklores et patrimoines…

Voilà comment commence, ici, le grand jeu sur les mots. Parce que ce terroir, ce patrimoine, il n’est pas là que pour le décor. Non, il infuse, il pénètre les mots, les pensées, les habitudes. Et le réceptacle préféré du patrimoine dans les romans de Fred Vargas, c’est le commissaire Adamsberg, solide béarnais à l’esprit brumeux.

Le commissaire bouclera donc son enquête, à grands coups de garbure et de bulles gazeuses (ou “proto-pensées”). Avec son lieutenant et ami en thérapeute principal, il accouchera lui même de sa vérité.

Et nous ? Et bien nous, on adore. C’est tellement impeccable dans le fond comme dans la forme, c’est tellement humain, qu’on en voudrait toujours !

Chikita

2 commentaires

  • EL

    J’aime aussi le béarnais Adamsberg parce qu’il est pyrénéen et que ça se sent… même s’il a la tête dans les nuages, la terre de cette montagne, belle, vieille et usée colle à ses pieds…
    J’ai aussi beaucoup aimé cette façon d’en parler et de le ”psychanalyser ” … Merci Chikita pour cette lecture personnelle qui invite à ouvrir une autre porte pour pénétrer la brumeuse logique du commissaire marcheur.
    Evaluna

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