Jeunesse

Chikita lit : des chefs-d’œuvre de l’absurde

Claude Ponti - Le Doudou méchant - Chikita lit

Le Doudou méchant par Claude Ponti paru chez l’école des loisirs, 2000

“Absurde”, ça vient du latin absurdus.

Absurdus, c’est ce qui est discordant, dissonant.

Discordant ou dissonant par rapport à quoi ?

Hé ben j’imagine que ça dépend. Dicolatin. com (oui, oui, bon on fait comme on peut…) me dit que c’est ce qui n’est pas en harmonie, ce qui va contre le sens commun, la logique.

Alors voilà, moi je trouve que Claude Ponti est un maître absolu de l’absurdus. Enfin, ça c’est le sentiment que j’ai eu la première fois que je l’ai lu. Et puis en fait, oui et non. Non, parce que Claude Ponti écrit pour les tout-petits. Et que le tout-petit n’est pas encore “en harmonie”. Ou pour le dire autrement, le tout-petit n’est pas encore formaté par le moule, les conventions et les attendus sociaux. Il est encore sauvagement libre et prêt pour n’importe quelle réalité. (Entre nous : d’où l’ultra-délicatesse de l’éducation d’un petit enfant.)

Claude Ponti, réalité parallèle
Claude Ponti - Le Doudou méchant - Chikita lit

Du coup, pour un moins de six ans, “la sussouillette du petit migou-louyou”, ça veut pas rien dire. C’est “la sussouillette du petit migou-louyou”. Et quand Oups, notre petit héros, et son doudou devenu méchant ont l’idée de l’attacher à la tête de poisson, piège connu de tous de l’ignoble monstre Grabador Crabamorr, le petit migou-louyou disparaît dans les airs. Et ça, c’était la bêtise de trop pour Oups, parce qu’un petit qui disparaît, les adultes ne le supportent pas, ça les rend féroces et ils chassent Oups du village.

Condamné à errer, il finit par scotcher la bouche de son doudou qui ne lui souffle plus que de mauvaises idées et se retrouve chez Crabamorr, ça devait arriver. Mais avec du courage on arrive à bout de tout et avec de l’intelligence et un bon sens de l’observation on arrive même à comprendre pourquoi le doudou était devenu si méchant. Oui, parce que la plupart du temps il y a de bonnes raisons à la méchanceté. Personne ne naît méchant, n’est-ce pas ?

Bref, si vous n’avez rien compris au pitch ci-dessus, rappelez vous : pour vous, adultes, c’est absurdus mais tentez l’expérience : lisez du Claude Ponti à un tout-petit. Lui, il n’aura aucun souci avec cette histoire. Aucun.

Et je vous avouerai même que bientôt vous n’en aurez plus vous même. Parce qu’on y prend goût ! Et qu’on réenchante sa vision du monde et ses accès à la connaissance.

S’ouvrir à la dissonance

C’est une belle leçon d’apprentissage du monde pour un enfant que de lui lire du Claude Ponti, c’est très initiatique tout en lui étant accessible. C’est s’ouvrir à la fois à la société des adultes parce qu’on y identifie des valeurs très fortes : on ne fait pas de mal aux autres, on répare ses erreurs… Tout en restant le plus longtemps possible dans le merveilleux.

Et c’est aussi une éducation à l’étrange, à la dissonance. Bref c’est une ouverture aux autres modes de raisonnement que les nôtres, à l’altérité.

Et nous, adultes, on y réapprendra avec bonheur, l’art de “trouver ça normal”, tout en jouissant d’un usage de la langue, triturée, bousculée, mais toujours, toujours chantante, poétique et belle à lire.

Un usage comme peu en sont capables. Longue vie aux livres de Claude Ponti !

Chikita

2 commentaires

  • EL

    Tu sais Chikita…enfin je ne sais pas si tu sais. ..mais moi je sais ce qu’il m’arrive, je suis presque plus intéressée par ton analyse que par la présentation du livre et ça, c’est pas banal… Tu es une lectrice, ça c’est sûr…une sacrée lectrice même mais qu’est-ce que tu écris bien aussi ! Bravo et merci !
    EL

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