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Chikita lit : la vie des pionnières

Catel  - Bocquet - Olympe de Gouges - Chikita lit

Olympe de Gouges par Catel Muller et José-Louis Bocquet paru chez Casterman, 2012

Des fois, je pense à tous ceux qui font une chose pour la première fois (ou presque). Et aux risques qu’il prennent.

Très honnêtement, je pense que nous sommes une espèce aventureuse et innovante. Bien qu’en fait, je ne me base pour décréter cela que sur des critères anthropomorphiques. Je sais que nous sommes les seuls à avoir inventé le téléphone ou la télévision par exemple, mais je ne sais pas ce que les autres inventent. Je ne le vois pas. Les critères d’évaluation des inventions des autres espèces me sont inaccessibles. Je sais que les fourmis cultivent des champignons et qu’elles élèvent des troupeaux de pucerons, mais je ne sais pas, vraiment, je ne sais pas, si de génération en génération, elles mettent au point des trucs pour améliorer leurs cultures ou leurs élevages. Et si ces trucs ne sont pas de meilleures inventions que les nôtres.

Bon, encore une fois je m’éparpille… mais ce que je voulais dire c’est que n’étant pas apte à juger de tout ça, je me dis, comme tout le monde, que notre espèce est particulièrement ingénieuse. Et du coup j’en reviens à mon début : des fois, je pense à ceux qui font un truc pour la première fois, ou qui émettent une idée nouvelle.

Ceux-là, je ne sais pas comment ils font pour oser. Je veux dire, ceux-là, il savent qu’ils vont se heurter aux autres. Aux croyances, aux valeurs, aux idées des autres. Et ça va être violent. Ils le savent non ?

Catel, aux fondements du féminisme moderne
Catel - Bocquet - Olympe de Gouges

Elle a dû s’en douter à un moment, Olympe de Gouges, née Marie Gouze, que son idée de Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne comprenant le droit de vote, en 1791, ça ne pourrait la mener qu’à la guillotine.

Ce n’était pas le bon moment pour ses idées. Le bon moment, il n’arrivera qu’au XXe siècle, en 1944 pour que nous ayons le droit de vote.

Voilà. Deux siècles pour une idée. Et pendant ces deux siècles une multitude d’autres prises de risques, d’autres voix dont celles d’Hubertine Auclert, Louise Weiss, Marguerite Durand, Madeleine Pelletier etc.

Il fallait bien plus de 480 pages à Catel et Bocquet pour témoigner de leur respect pour cette pionnière.

L’ouvrage est beau, extrêmement bien documenté, rigoureux, accompagné d’annexes solides et précises : chronologie (deux colonnes sur douze pages), notices bibliographiques des personnages (trente-neuf) et une bibliographie à faire pâlir une thèse !

La construction de l’ouvrage est très intéressante également. Elle suit Olympe de Gouges dans trente et un lieux de son existence. Chaque lieu est traité comme un chapitre et une unité de sens dans la vie d’Olympe de Gouges. De Montauban, où elle est née à la Conciergerie de Paris (haut lieu de détention pendant la Révolution française avec l’installation du tribunal révolutionnaire et où sera également détenue Marie-Antoinette) où elle finira sa vie.

Plus de 480 pages comme un dû. Un devoir. A la mémoire du courage de cette femme.

Indispensable.

Chikita

3 commentaires

  • EL

    C’est depuis Fès, merveilleuse capitale culturelle marocaine, que je lis cette chronique et qu’avec toi je considère que ce n’est que justice de rendre hommage à nos pionnières, sans peur et sans reproche ! Elles sont belles ces heroïnes de la vraie vie, loin de toutes ces virtualités qui, sous couvert d’anonymat, permettent à ceux qui manquent tant de courage de défendre des idées nocives et destructrices…si éloignées de toute humanité et de toute grandeur d’âme ! Certaines ont sacrifié leur vie au point de mourir pour des idées, oui, et de mort violente !
    Evaluna

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