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    Chikita lit : de jolies choses

    Dicker - le tigre - Chikita lit

    Le Tigre par Joël Dicker paru aux Editions de Fallois, 2019

    En général, je suis plutôt réfractaire aux phénomènes collectifs.

    Il suffit qu’un tas de gens, tous plus enthousiasmés les uns que les autres recommandent quelque chose (une recette, une sortie, une série, un bouquin) pour que je m’abstienne aussitôt (de manière non frontale et tout à fait passive, rassurez-vous) de me ruer sur ladite chose.

    Cela m’inspire deux commentaires :

    D’abord : je pense effectivement souffrir d’une forme de snobisme absolument incontrôlé. Et souvent indépendant de ma volonté profonde. Moi qui n’aspire qu’à communier…

    Ensuite : je me trouve très effrontée de tenir un blog de recommandations littéraires, moi qui ne les suit que très peu…

    Mais si je réfléchis bien, en fait, tout n’est pas aussi simple… Non. Ce que je n’aime pas, vraiment, c’est ne pas savoir où je mets les pieds. En général, j’aime bien maîtriser une chose et son contexte.

    Vous allez voir c’est très fatigant :

    Si on me parle d’une nouvelle recette par exemple, et bien je ne vais pas pouvoir m’empêcher de faire une recherche sur le pays, ou la région dont elle est originaire. De tenter de comprendre pourquoi les gens de ce pays utilisent tel ou tel ingrédient, quelles sont leurs techniques, leurs croyances culinaires, etc., etc. Ça peut aller loin, je ne fais pas exprès de fonctionner comme ça et en fait, je m’épuise toute seule…

    D’où le fait que quand quelqu’un me dit : nouveau ! Et bien j’essaie de m’épargner tout ça…

    Parler de quelque chose sans le maîtriser un tant soit peu, en fait, me stresse pas mal. J’ai un très grand sentiment d’imposture. Et du coup je préfère ne pas en parler.

    Alors voilà, ça fait quand même plusieurs années que j’entends parler de La vérité sur l’affaire Harry Québert et de Joël Dicker. Et que je me dis, allez Chikita, tente-le. Mais plus Joël a de succès, plus je me dis que la liste des choses à maîtriser pour en parler intelligemment sera longue. Et plus je renonce.

    Et voilà-t-il pas que sa première nouvelle, “Le Tigre”, écrite alors qu’il n’avait que dix-neuf ans. Vient d’être éditée aux éditions de Fallois !

    Je me rends donc direction le libraire, et je retourne la chose dans tous les sens.

    Joël Dicker, ou la tentation de l’aventure
    Dicker - le tigre - chikita lit

    Aubaine, aubaine, la chose sera vite lue, et tu pourras te faire une idée de ce que vaut la plume (attention dix-neuf ans quand même…). Et aussi : mon dieu que cette chose est jolie !

    Oui, oui, parce que la Chikita, on l’attrape avec du miel… Et alors cette petite édition je ne vous en parle pas, c’est une merveille de petit cartonné. Avec une jaquette des plus coquettes qui cache une première de couverture qui m’a vendu du rêve. Bon, en fait c’est magnifique, oublié le Joël Dicker, l’affaire Harry Québert, les multiples prix, les traductions et les adaptations télé, je veux ce petit livre parce qu’il est beau !

    Là, je tente de me raisonner. Mais enfin, Chikita, tu ne sais même pas vraiment de quoi il s’agit…

    Si, si, je suis tellement motivée par les illustrations de David de las Heras (mais ce type dessine pour mon subconscient ou quoi !) que j’ai tout compris, l’éditeur explique très bien :

    “Au tout début du XXe siècle, un fait divers singulier défraye la chronique de Saint-Pétersbourg, la capitale de l’Empire russe : un tigre monstrueux fait régner la terreur dans la lointaine Sibérie. Il décime les troupeaux et massacre les villageois. Rares sont les voyageurs qui échappent à ses assauts.

    Le Tsar promet alors à qui osera l’affronter et parviendra à l’abattre une récompense fabuleuse : le poids du monstre en pièces d’or.

    Les chasseurs de prime se lèvent en masse mais sans grand succès. Le Tigre semble doué de prescience. Il évente leurs pièges et de gibier mis à prix se fait chasseur impitoyable, puis s’évanouit à nouveau dans la steppe.

    C’est alors qu’un jeune Pétersbourgois, Ivan, décide de se lancer à son tour dans l’aventure.

    Il parvient à localiser le fauve. L’ultime étape d’un duel à mort approche. Mais pour parvenir à ses fins Yvan aura recours à un stratagème odieux qui se retournera contre lui.”

    Un petit objet d’évocation

    Alors voilà. L’histoire a été vite lue. Très plaisante, un peu rapide, un peu jeune, il faut le reconnaître, mais bien amenée, vraiment. Oui il y aura du potentiel, et oui j’irai lire Harry Québert.

    Mais ce petit livre, je ne fais que me féliciter de l’avoir acheté. Je crois vraiment au pouvoir de l’évocation. Il me semble que ça fait partie de la construction d’une personne. Nous sommes autant faits de nos réalités biologiques que de nos aspirations. Et la puissance de ce petit objet réside autant dans sa beauté que dans son multiculturalisme (un auteur suisse, un illustrateur espagnol, une histoire russe). Et puis le grand nord, la Sibérie…

    Tout ça fait beaucoup trop Jack London ou Hugo Pratt pour me laisser de marbre…

    Une graine en puissance, un beau travail d’édition.

    Chikita