• Jeunesse

    Chikita lit : des histoires qui ne prennent pas les enfants pour des poulets

    Cuvellier-Badel Emile se déguise - Chikita lit

    Emile se déguise par Vincent Cuvellier et Ronan Badel paru chez Gallimard Jeunesse, 2013

    Alors, voilà…. Tous les soirs (qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige), depuis qu’il a deux ans à peu près, je lis une histoire à mon grand.

    Souvent on trouve ça sympa. Des fois, on se dit qu’on a pas tout compris. Beaucoup plus rarement, c’est si bizarrement écrit que je n’arrive pas à lire à voix haute ; le texte n’est pas équilibré ou ne donne pas bien à l’oral. Ces soirs là, on baille et je lis tellement mal que ça énerve le grand.

    Et cette fois là : on a tellement rit qu’on en est tombés du lit. Un fou rire mémorable. Un de ces moments qu’il ne faut pas rater quand on est jeune parent, parce qu’il lance le meilleur de la relation à venir.

    Emile, ou le meilleur de l’idée fixe enfantine par Vincent Cuvellier et Ronan Badel
    Emile se déguise Chikita lit

    Emile est un petit héros récurrent de la collection Giboulées chez Gallimard, voilà ce qu’en dit l’éditeur :

    “Émile est un enfant comme les autres. Presque comme les autres. La différence ? Quand Émile veut quelque chose, c’est comme ça et pas autrement! Car Émile, n’est pas têtu : il est très, très, très têtu. Et il n’a peur de rien pour satisfaire ses lubies. Etre invisible ? Avoir une chauve-souris ? Avoir un plâtre ? Et pourquoi pas ? Drôle, tendre, obstiné, ce garnement a tout pour plaire !”

    Et l’on apprendra qu’ici, Emile ne veut participer au carnaval qu’à condition de se déguiser en son voisin. Monsieur Ferber. Un inconnu pour tous, y compris pour sa mère (ou son père, ou tout autre référent parental, il n’y a pas vraiment de précisions sur cette voix de la sagesse) dont les propos sont rapportés entre guillemets et en italique.

    La lecture est ultra aisée, chaque double page fonctionne comme une petite unité de sens. Le texte et l’image se complètent et s’enrichissent mutuellement. L’enfant non lecteur peut “lire” l’image et rajouter du sens à la lecture de l’adulte. En effet, elle-ci apporte de nombreux compléments non verbaux au texte. Un grand vent d’intelligence souffle sur tout ça et donne une impression de grande fluidité dans l’histoire de Vincent Cuvellier et Ronan Badel, dans le récit, dans la narration, dans l’humour.

    Ronan Badel a un trait impayable, et l’expression blasée-butée d’Emile fait mouche à tous les coups.

    Bref, c’est fin, c’est ultra-drôle et c’est écrit pour être lu à voix haute. Au grand et à moi, il ne nous tarde plus qu’une chose, c’est de pouvoir en rire avec le petit !

    Moderne et intelligent !

    Chikita

  • Jeunesse

    Chikita lit : des mythes modernes

     Orphée - David Almond- Chikita lit

    La chanson d’Orphée par David Almond paru chez Gallimard Jeunesse, 2017

    Il y a un truc que j’aime vraiment, mais alors vraiment bien, c’est la mythologie.

    Oui, oui, je vous entends de là : roh, oui bon…

    Hé ben moi je dis, non pas “bon” ! Ces histoires là, elles nous ont fondé, nous sociétés occidentales, au même titre que le monothéisme, le communisme ou le capitalisme. Je vous préviens, je vais m’enflammer, parce que j’aime vraiment ça…

    Cette façon de faire cohabiter l’horreur et la civilisation, de tenter de discipliner l’humanité, de lui donner une origine, des héros. De faire avec sa nature violente en même temps que ses plus hautes aspirations. Ces mythes dont on accepte qu’ils aient plusieurs versions, parce qu’ils sont là pour ça, moi je les adore. Sauf peut être le coup des Argonautes, ce côté dream team artificiel, tous ces hommes sur ce bateau… ultra-testostéronés… ça fait fake…

    Bref je m’égare. Mais la mythologie ça, oui ! Et le mieux du mieux, c’est quand un mythe (beau à vous faire pleurer l’âme) est réadapté. Mais attention, il faut que ce soit bien fait !

    Et bien ici, c’est formidable !

    Une fantastique transposition moderne du mythe d’Orphée

    “Je suis celle qui reste. Je suis celle qui doit raconter. Je les ai connus tous les deux, je sais comment ils ont vécu et comment ils sont morts.”

    Claire, la narratrice, est une jeune fille de dix-sept ans, lycéenne. Elle a une meilleure amie, Ella Grey. Le reste est pure poésie. Claire sort avec des amis. Ella ne peut l’accompagner, elle est punie par ses parents. Claire rencontre Orphée, jeune vagabond musicien, Orphée chante dans le téléphone de Claire pour qu’Ella puisse entendre sa mélodie. Ella tombe amoureuse.

    Un amour adolescent, aussi fort que celui des adultes, aussi fou que celui des enfants. Ella et Orphée se marient sur une plage anglaise, en pleine nature. Un serpent pique Ella-Eurydice et la tue.

    Le reste vous connaissez non ? Dans le mythe originel, Orphée resté seul, erre à la recherche de sa bien-aimée. Sa musique, plus triste que jamais, fait pleurer la terre entière. Puis il décide de descendre aux enfers réclamer Eurydice à Hadès et Perséphone, les maîtres des lieux. Il réussit à les envouter avec sa lyre si bien qu’en récompense, ceux-ci lui permettent de remonter à la surface de la terre avec son amoureuse. Mais à la condition qu’il marche devant elle et ne se retourne à aucun moment sur le chemin de la sortie.

    Tout est tellement beau ici, de l’évocation de la nature, de ces longues plages du nord, battues par les vents à la description si juste du pouvoir d’envoutement d’Orphée. Un récit onirique (et j’adore ça), un moment hors du temps, une histoire à classer avec toutes ces histoires adolescentes du bord de l’eau (Lullaby, Ava, Pauline…) où l’on naît à soi même et l’on renaît aux autres…

    Terrible !

    Chikita