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Chikita lit : des histoires de voyages vers d’autres horizons

Bourgeon - la petite fille bois -Caïman - chikita lit

Les passagers du vent, Tome 6 – Livres I et II : La petite fille Bois-Caïman par François Bourgeon paru chez 12 bis, 2009 / 2010

Pour certains, le métissage c’est compliqué à gérer. Parce que c’est ce qu’il y a “entre”. Entre un blanc et un noir, entre un continent et un autre, entre deux idées.

Or, penser entre les lignes c’est absolument effrayant. D’abord parce que ce n’est pas naturel. L’acquisition des premières notions par un tout petit se fait en premier lieu en opposant une chose à son contraire. Grand OU petit. Vieux OU jeune. Gros OU maigre. Noir OU blanc. Garçon OU fille…

Fort de sa compréhension binaire du monde, le tout petit va ensuite tout naturellement chercher à se qualifier lui-même. Et moi ? Suis-je petit, grand, gros, fille ou garçon ? Une fois ce travail de connaissance de lui-même accompli, il lui restera dans la tête toutes les catégories inutilisées, tout ce qu’il n’est pas. Le reste. L’autre.

Il y a moi, et il y a l’autre. Et moi, je ne suis pas l’autre.

Voilà. Voilà pourquoi c’est difficile (entre autre, bien sur…) de penser entre les lignes. Ca nécessite une éducation longue, de plus en plus complexe et beaucoup de temps pour amener en douceur la déconstruction du binaire.

Pourquoi ? Pourquoi le binaire ne suffirait-il pas pour appréhender le réel ? Mais parce qu’il est artificiel. C’est une construction de l’esprit. Il n’existe pas vraiment. Ce qui existe c’est l’infinité des situations.

Oui mais enfin, qui suis-je pour affirmer tout ça avec autant de hardiesse et d’aplomb ? Et bien je suis métisse. Alors pour prétendre exister moi aussi, il a bien fallu piger rapidement le truc du “entre”…

Bourgeon, du côté de l’humanisme
Bourgeon - les passagers du vent - chikita lit

Les deux tomes (Livre I et Livre II) forment un cycle à part dans la série des Passagers du Vent. Je laisse la parole à Wikipédia qui résumera bien plus clairement que moi l’architecture globale du récit de Bourgeon :

“Cette fresque historique, qui a pour cadre la mer au XVIIIe siècle, raconte les aventures rocambolesques et tragiques d’Isa. La jeune héroïne, une noble dont on a volé l’identité, rencontre sur un navire de la Marine royale Hoel, un gabier à qui elle sauve la vie. Hoel se retrouve prisonnier dans un sinistre ponton anglais. Aidée par son amie anglaise Mary, Isa parvient à le libérer. Isa, Hoel et Mary embarquent à bord d’un navire négrier, la Marie-Caroline, et arrivent au comptoir de Juda au royaume de Dahomey. Face aux intrigues de pouvoir et aux sortilèges africains, Isa doit lutter pour guérir Hoel d’un empoisonnement. La Marie-Caroline repart pour Saint-Domingue avec à son bord le « bois d’ébène », c’est-à-dire les esclaves. Ces derniers se mutinent mais leur révolte est réprimée dans un bain de sang. L’arrivée à Saint-Domingue sera déterminante pour Hoel et Isa.

Une suite est publiée après une interruption de 25 ans. La jeune héroïne Zabo est l’arrière-petite-fille d’Isa […], plongée dans la guerre de Sécession, entre La Nouvelle-Orléans et les bayous du Mississippi. Les deux se rencontrent, ce qui permet à l’auteur de nous conter en flash-back la suite des aventures d’Isa.” (Wikipédia)

Pardon pour cette longue citation mais l’ampleur de l’histoire nécessitait quand même d’être précisée. Parce que nous, c’est cette suite qui nous intéresse.

Un récit tout en finesse

C’est dans cette fresque, extrêmement bien documentée, que s’ancrent des personnages parmi les plus beaux que j’ai rencontrés. Qui, par choix ou par nécessité tentent de sortir des sentiers battus, des codes dominants. Ils n’y parviennent pas toujours. Il est bien difficile de vivre à côté du monde.

Mais si eux renoncent parfois, leur créateur, lui, s’obstine à nous montrer une humanité telle qu’il la voit : de toutes les couleurs, de toutes les nuances. Avec l’infini entre deux lignes…

Le tout servi par un trait qui n’hésite pas à prendre des risques, et duquel se dégage un grand pouvoir d’évocation.

Et puis les héroïnes…

Allez-y sans modération !

Chikita

2 commentaires

  • EL

    Que c’est beau dit comme cela… cet entre-deux infiniment dense !
    Et quelle infinie richesse nous permet et nous promet cette perception fine et intelligente de ce gris aux mille variétés et variations entre le noir et le blanc. Plus de réductions….plus que des multiplications…
    Encore une envie de lire après cette belle présentation.
    Merci.
    Evaluna

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