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Chikita lit : des histoires de survie

la ballade de lila K - Blandine Le Callet chikita lit

La Ballade de Lila K par Blandine Le Callet paru chez Stock, 2010

Ce blog prend une tournure à laquelle je ne m’attendais pas. Il file un mauvais coton…

Il était question pour moi de faire partager des trouvailles. Oui bon, voilà… Le problème, c’est qu’il y a des choses que j’ai bien aimées mais que je n’ai pas tellement envie de chroniquer… C’est bien, c’est actuel, mais ce n’est pas “moi”. Et quitte à prendre la plume pour écrire des choses à la face du monde, autant s’imposer un certain niveau de franchise (même si ça me fout la trouille, honnêtement…).

Du coup, je regarde avec insistance depuis quelques jours une étagère à part de ma bibliothèque. Ces bouquins là sont séparés des autres. Parce que les autres, ce sont des livres. Ceux-là, non. C’est plus que ça.

Comment dire… ce sont des récits intégrés. Quoi intégrés ? Qu’est-ce qu’elle raconte encore ? Oui, oui, intégrés ! Intégrés à moi-même. Bon c’est laid, c’est mal dit, d’accord. Mais c’est la vérité. Le texte est tellement entré en résonance avec moi que je l’ai intégré à ma grille d’appréhension du monde. Il est dans mon filtre de connaissance. Il m’a modifiée. Avant lui, j’étais une autre personne. C’est aussi simple et compliqué que ça…

Et alors attention, c’est un phénomène absolument inconscient ! Parfois même, je ne me rappelle plus exactement de l’histoire. Je sais juste que celui là est parti sur l’étagère parce qu’il faut.

C’est ce qui m’est arrivé avec la Ballade de Lila K.

Blandine Le Callet ou la vérité sans fard

“Dans la vie, il y a toujours un avant, et un après, vous avez remarqué ? Avec entre les deux une cassure franche et nette, heureuse ou malheureuse – c’est une question de chance. Elle ne peut pas sourire à tout le monde, évidemment. Je suis sûre que personne n’y échappe.”

“La ballade de Lila K, c’est avant tout une voix : celle d’une jeune femme sensible et caustique, fragile et volontaire, qui raconte son histoire depuis le jour où des hommes en noir l’ont brutalement arrachée à sa mère, et conduite dans un Centre, mi-pensionnat mi-prison, où on l’a prise en charge.

Surdouée, asociale, polytraumatisée, Lila a tout oublié de sa vie antérieure. Elle n’a qu’une obsession : retrouver sa mère et sa mémoire perdue.”

C’est un récit à la première personne. Où l’on découvre les choses en même temps que l’héroïne, donc. Et comme elle n’a que cinq ou six ans au début de l’histoire, on apprend que bien plus tard que c’est aussi une dystopie.

Nous sommes en 2100. Mais le monde est étrangement semblable au notre, quoiqu’il ait pas mal viré “Big Brother”. Tout est sous surveillance. Et surtout cette petite Lila, dont on comprend très vite qu’il faut la “réparer”. Mais de quoi ?

Qu’est-ce qui fait souffrir Lila ?

Ce qui est fascinant ici, c’est la manière dont Blandine Le Callet arrive à normaliser certains évènements en fonction du point de vue de ses personnages. On comprend très vite qu’il est arrivé quelque chose de grave à Lila et sa maman. Lila porte de lourds stigmates corporels. Ne supporte pas les autres, ni le jour. On soupçonne la vérité, petit à petit. P.108, chez des amis, Lila trouve que le placard de la chambre à l’air confortable. Puis il lui semble reconnaître une odeur dont elle raffole alors qu’on nourrit le chat…

Les cicatrices, elle les voit, mais s’en accommode. De la douleur physique, il sera très peu question. Ce n’est pas ça qui fait souffrir Lila. C’est un manque. Lila s’accroche à ses bribes de souvenirs, elle veut retrouver sa mère, son sourire, sa douceur, sa chaleur… Lila a été aimée, à la folie, elle le sait. Elle en est sûre.

Le tout est impeccablement écrit, d’une finesse absolue, sans jamais tomber dans le sensationnalisme. Juste avec l’ambition ultime d’être au plus près du sentiment. C’est exceptionnellement bien réussi.

Et ça questionne, avec la plus grande honnêteté, le concept de vérité.

Chikita

PS : Pour ceux qui savent. Ce livre m’a tellement marquée qu’en le relisant pour la chronique, je viens de me rendre compte que le personnage qui va aider Lila à achever sa quête, lui rendre son identité et ses moyens d’action, s’appelle Milo. Et je l’avais intégré, puis occulté. Ça faisait partie de moi depuis…

2 commentaires

  • Marion

    Un coup de cœur aussi pour moi ! Un univers dystopique parfois très angoissant (avec des clins d’œil à 1984, à Millénium, au Meilleur des mondes…), une héroïne émouvante, une belle écriture… On ne ressort pas indemne de la lecture de ce livre !

    • Chikita

      Oui tu as bien raison. C’est un texte qui ne peut pas laisser indifférent. Le coup de la pâtée pour chat, je m’en souviens encore dix ans après. Un coup de poing dans le ventre… Merci Marion ! Bisous

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