Jeunesse

Chikita lit : des histoires de famille follement romanesques

Anne-Laure Bondoux - L'aube sera grandiose - Chikita lit

L’aube sera grandiose par Anne-Laure Bondoux paru chez Gallimard Jeunesse, 2017

En matière d’histoire, il y a deux choses que j’ai longtemps eues en horreur.

Le récit enchâssé en prems. Les histoires de familles séparées en deuze.

Et ça remonte à très loin. Je crois qu’on pourrait dire que ça remonte à l’enfance. Je me rappelle, petite, avoir jeté, avec des larmes de dépit et la rage au ventre, le Thorgal qu’on venait de m’acheter à Mammouth (hum hum… oui…) parce qu’il galérait depuis trois épisodes à retrouver Aaricia qui l’attendait en assistant à des fêtes décadentes à Brek Zarith.

Ça me bouffait quoi. La séparation des gens qui s’aiment, je supportais pas.

Pareil pour les histoires où, tout à coup, un des personnages se mettait à divaguer bien 150 pages sur un récit qui n’avait rien à voir avec l’intrigue de départ. J’avais l’impression d’une trahison. Je ne voulais pas de cette nouvelle histoire, de ces nouveaux personnages, jusqu’à ce que je comprenne en grandissant que la situation initiale n’avait pas d’autre raison d’être que de mettre en valeur cette deuxième histoire.

Je vous laisse imaginer ce que donnent Les mille et une nuits quand on ne lit que les passages où apparaît Sherazade… Voilà…

C’est comme ça que je les connais.

Bon. Ça m’a passé.

Et heureusement d’ailleurs, parce que sinon, je serais passée à côté du dernier roman d’Anne-Laure Bondoux. Et ça aurait été terrible !

Anne-Laure Bondoux, maîtresse du temps

“Titania Karelman se tourne vers sa fille. Elle la trouve grande et belle. Non, pas belle : magnifique. Magnifique et émouvante.
– Il va falloir que je te raconte une histoire, dit-elle.
– Ce ne sera pas la première, lui fait remarquer Nine.
– C’est une histoire assez longue, l’avertit Titania.
– Maintenant qu’on est là, je suppose qu’on a tout notre temps ?”

“Ce soir, Nine devait aller à la fête de son lycée. Mais Titania, sa mère, en décide autrement. Elle embarque Nine vers une destination inconnue, loin, jusqu’à une cabane isolée au bord d’un lac. Il est temps pour elle de raconter à sa fille un passé qu’elle lui a soigneusement caché jusqu’à maintenant. Commence alors une nuit entière de révélations. Flash-back, souvenirs souvent drôles, parfois tragiques, récits en eaux troubles, personnages flamboyants… Nine découvre un incroyable roman familial. Et quand l’aube se lèvera sur le lac, plus rien ne sera comme avant.”

Bon vous avez compris, question récit enchâssé et séparations on sera servis !

Mais mon dieu que c’est chouette ! Unité de temps, unité de lieu, unité de péril. Huis-clos, je dirais même pour le récit principal. Et course contre la montre. Parce qu’il faudra que Titania finisse absolument son récit avant huit heures le lendemain matin. Et le long de cette trame savamment élaborée, viennent se greffer comme des flammes vives les souvenirs de Titania (toute une époque, fabuleuse nostalgie). De plus en plus brefs, de plus en plus rapides.

La narration est parfaitement maîtrisée, c’est impeccable, à la fois très académique et très moderne. Anne-Laure Bondoux possède totalement son art.

De beaux personnages, nuancés, pas toujours aimables mais vivants et libres, puissance mille.

A dévorer dans l’urgence.

Chikita

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