• Chikita

    Chikita à la conquête de l’univers mouahahah !!

    Bon.

    Pour essayer de rester sobre et de ne pas s’emballer : j’ai parlé d’une bonne nouvelle ici.

    Hum hum, hé bien voilà : Chikita ne fait pas que lire. Parfois elle écrit un peu aussi.

    Et une super maison d’édition a bien aimé ce que je lui avais envoyé.

    Du coup, bientôt (oui, bon ça c’est un peu relatif), si tout se passe bien, peut être qu’on pourra lire du Chikita en papier, et en long…

    On s’en reparle.

    D’ici là…

  • Jeunesse

    Chikita lit : des romans faustiens pour la jeunesse

    Pour trois jours de bonheur - Akata - Chikita lit

    Pour trois jours de bonheur, j’ai vendu le reste de ma vie par Sugaru Miaki, paru chez Akata, 2019

    Bon, on va le dire franchement, je suis en mode pré-vacances. Le mois de juin est rituellement monstrueux à gérer et la canicule actuelle ne facilite pas les choses.

    So : ce blog est assoiffé et va bientôt tirer sa révérence avant de plonger dans un joli sommeil estival.

    Mais avant ça, deux choses : une bonne nouvelle d’abord, à laquelle je consacrerai un prochain billet et une découverte ensuite.

    La découverte (pour moi bien sûr, parce que je ne lis que très peu de mangas, que je n’y comprends pas grand chose, mais que quand même je suis curieuse par nature et que la culture japonaise me laisse aussi fascinée que stupéfaite) c’est cette épatante maison d’édition : Akata.

    D’abord affiliée à Delcourt, si j’ai tout compris, Akata est devenue indépendante en 2013. Et depuis elle travaille sans relâche à proposer un catalogue pointu pour les amateurs du genre. Et comme moi, je suis vraiment une bille en manga, j’ai repéré une collection de romans young adult : Young Novel. Oui, voilà. Aller lire des romans chez un éditeur de mangas…

    Mais attendez, attendez, on reste complètement dans l’immersion culturelle ! Et quand j’ai lu le pitch de “Pour trois jours de bonheur”, je l’avoue, j’ai convoité cette histoire ! Et comme chez Akata ils ont l’air super sympa, c’est très gentiment qu’ils ont accepté que je parle de ce texte ici… Merci pour ça 😉

    Akata, passeur culturel

    Voilà le pitch : “Saviez-vous qu’il est possible de vendre une partie de sa vie contre une belle somme d’argent ? C’est en tout cas ce qu’a entendu dire Kusonoki, jeune Japonais désabusé qui n’attend plus rien de l’existence. Aussi, un matin, il décide de commettre l’irréparable et se rend au bureau de vente. Surpris, il y apprend que sa vie ne vaut pas grand-chose. Mais peu lui importe… Il choisit de ne conserver que trois mois de sa longévité, et de profiter du peu de temps qu’il lui reste. Mais alors qu’un fatidique compte à rebours est lancé, son quotidien lui réserve soudain de nouveaux rebondissements… Hélas, n’est-il pas trop tard pour réapprendre à vivre ?”

    Oui, le ressort est connu… On est sur du bon vieux pacte avec le diable. Mais ce qui est moins connu ici c’est tout l’arrière plan de l’histoire. Je m’explique.

    Pour moi, ç’a été une vraie plongée dans un univers inconnu. L’immense solitude du héros d’abord, si jeune et pourtant si désabusé de la vie. La présence très forte de la nature ensuite, mais qui n’est pas la nôtre, avec un superbe passage descriptif sur une constellation de luciole. Et puis ces objets d’un quotidien qui ne nous est pas familier, comme tous ces distributeurs automatiques qui distribuent tout et n’importe quoi…

    Ajouté à ça une plume très simple en apparence mais qui ne faiblit pas devant l’exploration des méandres de l’âme et qui se confronte très courageusement à cette question : qu’est-ce qui vaut la peine d’être vécu ?

    La réponse, parce qu’il y en a une, évite tous les écueils et les clichés d’une réflexion superficielle pour nous offrir un très joli moment d’émotion.

    Un sujet courant donc, mais un traitement inhabituel et de vrais passages réflexifs qui devraient donner à penser à nos jeunes (et moins jeunes).

    J’ai beaucoup aimé !

    Chikita

  • Fantasy

    Chikita lit : de sympathiques histoires où règnent relations tordues, meurtres et cannibalisme…

    Aurélie Wellenstein - Le dieu oiseau - Scrinéo

    Le Dieu Oiseau par Aurélie Wellenstein, paru chez Scrinéo, 2018

    Mais pourquoi ? Pourquoi s’imposer de telles lectures Chikita ?

    Et bien parce qu’il me semble que parfois la littérature ne sert pas uniquement un but récréatif. On peut aussi informer, militer, dénoncer ou imaginer… Oui, surtout imaginer.

    Imaginer ce que ça pourrait être.

    Je m’explique : on connaît bien ça en littérature jeunesse, ce type de lectures où on met le lecteur dans une situation fictive au travers d’un héros auquel il peut s’identifier facilement et où on le laisse “vivre” une expérience, dangereuse de préférence, par procuration.

    Le premier titre qui me vient c’est Junk de Melvin Burgess. Controversé, parfois, mais hautement pédagogique ( la valeur de l’exemple rapellez-vous). Où l’on suit l’ultra réaliste et très violente descente aux enfers de deux ados anglais, Nico et Gemma, de squatts pourris en shoots d’Héroïne.

    Est-ce que c’est bien, pas bien ? Est-ce que c’est moralisateur ? Voire prosélyte ? Je ne sais pas. Mais ça existe, c’est un recours, une possibilité.

    C’est dans cet état d’esprit que j’ai abordé le texte d’Aurélie Wellenstein. Avec beaucoup de curiosité pour son histoire.

    Aurélie Wellenstein de la soumission à la quête de soi

    Et cette histoire, pour moi c’est un gros focus sur un syndrome de Stockholm taille XXL :

    “Une île. Dix clans. Tous les dix ans, une compétition détermine quel clan va dominer l’île pour la décennie à venir. Les perdants subiront la tradition du « banquet » : une journée d’orgie où les vainqueurs peuvent réduire en esclavage, tuer, violer, et même dévorer leurs adversaires.
    Il y a dix ans, Faolan, fils du chef de clan déchu, a assisté au massacre de sa famille. Sauvé par le fils du chef victorieux, Torok, il est depuis lors son esclave et doit subir ses fantaisies perverses. Sa seule perspective d’avenir est de participer à la compétition de « l’homme-oiseau », afin de renverser l’équilibre des pouvoirs en place et de se venger.”

    Voilà. A la lecture du pitch, j’ai tout de suite pensé à cette relation créée par George R.R. Martin (dans le bouquin, bien sûr…) entre Ramsay Bolton (plus gros sadique de la terre) et Théon Greyjoy (sa victime, mais qui n’était pas tout net non plus). Atroce, mais écrite avec un tel sens du réalisme et une telle vraisemblance psychologique que “l’effet empathie” (cognitive) avec la victime fonctionne à plein. Et si le goût de l’horreur se fait si fort dans la bouche à ce moment là, c’est parce qu’on sait bien que tout ça arrive…

    Alors, même si l’histoire d’Aurélie Wellenstein dépasse largement le cadre de la relation qu’elle instaure entre ses deux personnages (gros travail notamment sur l’univers, riche et dense, et l’ambiance du roman : légendes et mythologie du pacifique à l’honneur), pour moi le nœud est là.

    Et même, la question c’est : est-ce qu’on peut se remettre de “l’effraction gravissime” de son intériorité ? Est-ce qu’on peut se restaurer de ça ? Est-ce qu’on peut échapper à ce syndrome de Stockholm qui consiste à épouser la cause de son bourreau pour ne pas faire face à la violence, tellement extrême, tellement folle, qui nous est faite ?

    De la “fantasy psychologique” bien maîtrisée, je trouve. Il y a du travail derrière ce livre, il y a des questions, complexes, difficiles. La ligne narrative est simple mais efficace, elle ne s’éparpille pas et sert son propos jusqu’au bout. Moi, c’est tout ce que j’aime dans une histoire.

    Je recommande (attention quand même à rester souple, ça pique fort parfois).

    Chikita

  • Roman

    Chikita lit : des coutumes d’ailleurs

    Tibo Lexie - Cette dernière volonté qu'il ne respectera pas - Chikita lit

    Cette dernière volonté qu’il ne respectera pas par Tibo Lexie, autoédité chez Librinova, 2019

    Une chose avant d’entrer dans le vif du sujet, une précision :

    Ce texte, l’autrice me l’a fait parvenir avant qu’il ne soit sous sa version actuelle, version définitive. C’est sa forme qui n’était pas encore complètement achevée, mais le fond n’a pas bougé.

    Je voudrais préciser aussi que je n’ai pas eu l’occasion de le relire depuis que la mise à jour est parue, au début du mois.

    Je ne parlerai donc pas de forme ( même si ça fait déjà trois fois) ce soir, pour cette raison, et puis aussi parce que ce n’est pas ça qui m’a touchée dans cette histoire.

    C’est la démarche de l’autrice qui m’intéresse. Éminemment émouvante.

    Cette dernière volonté qu’il ne respectera pas, c’est l’histoire de Rachid Nama. Le jour de la rentrée scolaire de son fils, Rachid reçoit un coup de fil imprévu. Un coup de fil “qui viendra contrarier sa journée et peut-être son existence. Un évènement dont les conséquences lourdes de symboles s’étaleront sur cinq jours décisifs. Une période mouvementée pour ce père qui cherche à s’affranchir d’un destin tout tracé.”

    Tibo Lexie, exploratrice de l’intime

    Cette histoire, c’est une histoire d’émancipation. Une histoire de trajectoire personnelle, de décisions, de choix. Une histoire que j’ai beaucoup aimée.

    Le travail fictionnel fourni par Tibo Lexie est considérable. L’autrice, anthropologue de formation, à reconstitué tout un univers, dans un pays africain fictif, le Bwana, autour de coutumes et traditions fictives, elles aussi, mais réalistes et inspirées de pratiques effectives.

    Elle se concentre sur cinq jours de la vie de ses personnages. Disons-le tout de suite, sans trop spoiler, c’est un décès qu’apprend Rachid au téléphone au début de l’histoire. Une mort qui va l’obliger. Mais entre convictions personnelles, ressentiment et loyauté, Rachid devra prendre ses propres décisions, même si celles-ci ne vont pas dans le sens attendu par son entourage.

    L’écriture de Tibo Lexie, en dépit de son caractère non fini au moment de ma lecture, porte en elle, à mon sens, d’énormes qualités. Notamment cette capacité de rendre réellement intenses des situations de vie pourtant non exceptionnelles. Des moments auxquels nous sommes tous confrontés, et auxquels l’autrice rend toute leur importance, leur profondeur, leur unicité. Cette écriture, très intéressante, prend son temps et donne du relief, presque du suspense, à des choses anodines : chercher un téléphone qui a disparu, attendre un SMS, accompagner un enfant à l’école, assister à une réunion de famille. Tout est raconté en conscience… Il y a une belle lenteur, très digne dans ce récit, une lenteur que l’on a un peu oubliée.

    Je ne trouve pas d’autre manière de dire mon ressenti.

    J’ai beaucoup aimé ce que l’ai lu. C’est une histoire que j’aurais longtemps en mémoire.

    Merci beaucoup à toi Lexie, de m’avoir fait confiance pour parler de ton texte ici !

    Chikita

  • Récit

    Chikita lit : Parenthèse Nomade

    Carine et Nicolas Poirier - Parenthèse Nomade - Chikita lit

    Parenthèse Nomade : Un an de voyage en famille par Carine et Nicolas Poirier, autoédité, 2019

    Qu’est-ce qui compte dans la vie ? A partir de quand est-ce qu’on peut considérer qu’on fait ce qui nous rend heureux ? Ou même ce qui nous est nécessaire ? Qu’est-ce qu’on veut transmettre ? Qu’est-ce qu’on veut être ?

    Se poser ces questions, c’est déjà un luxe. Un luxe qu’on se paie, plus ou moins chèrement. Chacun aura ses réponses, chacun aura ses échelles de valeur.

    Carine et Nicolas Poirier, eux, étaient poussés par une soif de mouvement et un besoin de découverte si grand qu’ils n’ont pas pu faire autrement que de défier leur quotidien pour s’en extraire et partir. Longtemps, le plus longtemps possible. Embarquant avec eux leurs deux garçons, Clément et Nathan et le matériel minimum dans leur camping-car aménagé.

    Ce voyage il aura duré un an. De l’autre coté de l’Atlantique, du Canada jusqu’au Mexique en passant par la façade est, le sud puis l’ouest des Etats-Unis en remontant.

    Une odyssée familiale, racontée à quatre mains et sans faux-semblants.

    Carine et Nicolas en quête de découverte

    C’est un super récit de voyage que nous livrent là les héros de Parenthèse Nomade. Un récit de famille, de vie, d’amour, de rencontres et d’initiation.

    Alternant les chapitres, les points de vue et les ressentis (je confesse une petite, toute petite, préférence pour les passages de Carine qui m’ont parfois émue – histoire de connexion féminine à n’en pas douter) Carine et Nicolas, brossent un tableau très habile de leur voyage. Flashbacks, ellipses, descriptions et sensations s’entrelacent avec beaucoup de réussite et donnent un récit passionnant, avec le bon ton et la bonne focale pour cet exercice délicat qui consiste en grande partie à parler de soi.

    Je me suis posée la question. Qu’est-ce qui te donne envie dans ce documentaire de la vie des autres ? Je ne suis pas sûre de ma réponse mais je crois que c’est l’universalité que peut porter en elle une telle expérience. Parce qu’après tout, il auraient bien pu aller n’importe où, tout ce qu’ils nous disent c’est ce qui compte pour eux dans la vie, ce qui les rend heureux, ce qui leur est nécessaire, ce qu’ils veulent transmettre, ce qu’ils veulent être…

    Merci beaucoup Carine et Nicolas, de m’avoir permis de partager un bout de votre vie et de pouvoir parler de votre livre ici !

    Je le recommande le plus chaudement possible. Je l’ai beaucoup aimé.

    Bravo pour ce voyage, bravo à vos enfants, bravo pour ce récit.

    Chikita

  • Jeunesse

    Chikita lit : des histoires pour grandir

    Nathalie Charles - Salomé et les femmes de parole - Chikita lit

    Salomé et les femmes de parole T.1 : Trouver sa place par Nathalie Charles paru chez Rageot, 2019

    Je sais, je sais… J’ai pris quatre jours de “vacances”.

    Mais… J’ai mis ce temps hors connexion à profit pour avancer sur de super lectures.

    On en parle.

    La première, c’est Salomé et les femmes de parole de Nathalie Charles.

    Salomé, c’est l’histoire de Salomé (oui j’ai pris quatre jours de vacances pour sortir ça, oui. Et alors ?) qui entre en sixième cette année. Et ça, pour Salomé, c’est très sérieux. Alors quand elle apprend, le jour de la rentrée, que le nom de leur collège tout neuf va être tiré au sort parmi les propositions les plus intéressantes des élèves, Salomé se donne à fond. Recherches, discussions avec son entourage, ses amis, sa famille, ce que Salomé voudrait c’est un nom de femme. Un nom de femme qui a dit non, à l’oppression, à l’injustice, à la discrimination… Un peu comme elle quand un cours d’anglais qui tourne mal, la force un jour à sortir de sa réserve de très bonne élève.

    Nathalie Charles, au plus juste de l’adolescence

    Ce qu’il y a de très juste et de très chouette dans ce livre c’est le ton que réussit à trouver Nathalie Charles pour “chroniquer” la vie de sa jeune héroïne.

    Ça sonne très vrai. Le quotidien de Salomé ressemble à celui de nombreux collégiens entre petits tracas de tous les jours et premières grandes questions sur la vie.

    Une meilleure amie, un copain qu’on aime bien, une “pire ennemie” qui joue la concurrence sur fond d’élection de délégués et de propositions pour le nom du collège, un grand frère encombrant, une mamie gâteau… Tout existe, tout a toujours existé. L’identification sera facile pour la tranche d’âge visée (fin primaire, début collège). Cet âge très spécial où l’on vit tout intensément avec emphase et tragédie qu’il s’agisse d’aller à la piscine ou de faire la connaissance de grandes figures de l’histoire…

    Un âge chouette qui mérite de chouettes lectures.

    Merci à NetGalley et aux éditions Rageot pour cette découverte.

    Chikita

  • Policier

    Chikita lit : des loufoqueries

    Pierre Lunère - Escalier B, Paris 12 - Chikita lit

    Escalier B, Paris 12 par Pierre Lunère paru chez HarperCollins, 2019

    “Comédie policière” : c’est écrit sur la couverture (virtuelle pour le coup, mais très chouette je trouve) de ce livre. Et ça, ça m’a tout de suite attirée.

    Normalement je ne suis pas trop polar. L’ambiance commissariat c’est pas vraiment mon truc. Les meurtres, le stress, les courses poursuites, les interrogatoires musclés, le cynisme, la “virilité”, quoi… En gros tout ça me laisse de marbre. Encore plus si c’est glauque. Et ne nous mentons pas certains surenchérissent volontiers dans le glauque… Là, moi, ça me fait carrément flipper (comme dit mon fils de six ans quand il veut montrer à quel point l’école primaire ça l’a changé, tsé).

    Bref, à part Vargas, moi le polar…

    Mais là pas du tout.

    Je ne connaissais rien de ce livre avant de le télécharger. J’ai appris après l’avoir terminé que c’était un deuxième livre, le premier “Dans la loge de l’ange gardien” est paru en 2014 chez Fleuve éditions. Et, que c’était de l’autofiction.

    L’aurais-je su, cela aurait-il changé ma façon de voir les choses ? Je ne sais pas, et après tout maintenant, la question ne se pose plus.

    Pierre Lunère, beaucoup de cordes, beaucoup d’arcs

    Pourquoi est-ce que je me demande ça ? Et bien parce que “Escalier B, Paris 12” c’est l’histoire de Pierre, donc, concierge parisien mais aussi voyant à ses heures, comme en vrai donc aussi, et qui voit débarquer parmi “ses” locataires, une jeune flic provinciale venue du sud. Marion-Lara (j’adore ça, c’est trop bien trouvé) de son prénom, cagole au grand cœur et qui se dit que fréquenter un extralucide ça peut avoir ses avantages :

    ” Des prostituées chinoises sous la coupe d’un sosie de la Première dame, des kidnappings peu professionnels, des allergies aux cacahuètes qui sentent le meurtre.
    Quoi de mieux qu’un peu de voyance pour aider à résoudre les enquêtes ?”

    Tout ça est très sympa, et tient presque plus du vaudeville que du polar. Le cadre de l’immeuble créé vite un sentiment de familiarité, l’attention portée aux personnages-locataires, très finement amenés et détaillés, contribue aussi à l’esprit auberge espagnole. Chacun a ses secrets, ses petites manies, et notre bon concierge, râleur et désabusé à souhait mais so tendre, s’occupe de tout ce monde avec un souci fatigué de père-poule.

    L’écriture est plutôt fluide, mais ici, ce sont surtout les thèmes et le style qui fonctionnent à merveille, créant une sorte d’ambiance almodovardienne, où se croisent marginaux, femmes puissantes, drames du quotidien et croyances populaires.

    L’ensemble est assez long. D’ailleurs, il n’y a pas une enquête unique mais un tissage d’intrigues, de fausses pistes et de petites ou grandes histoires. Pas besoin d’avoir lu le premier livre pour tout comprendre. L’humour et le loufoque sont au rendez-vous. C’est léger, piquant et bienveillant à la fois.

    Vraiment, ça j’ai bien aimé !

    Merci à NetGalley et HarperCollins de m’avoir permis de découvrir ce titre.

    Chikita

  • BD

    Chikita lit : des satyres, Pan et Dionysos lui-même…

    Fabrizio Dori - Le dieu vagabond - Chikita lit

    Le dieu vagabond par Fabrizio Dori paru chez Sarbacane, 2019

    J’étais restée bien trop longtemps sans causer mythologie.

    Cette période de l’humanité qui sentait bon le soleil, les cigales, la feta et l’huile d’olive…

    Oui, je sais… Chikita, tu dis n’importe quoi…

    Pour la feta, OK pardon, mais pour le soleil et les cigales, ça je le sais. La méditerranée je la connais bien, j’ai grandi au bord. Et j’aime bien me dire que c’est un coin à part. Un endroit qui n’appartient à personne. Mais qui possède, lui-même, ses histoires et ses peuples. Des peuples qui se connaissent. Depuis si longtemps. Et qui ont tous en commun ces paysages blancs et bleus. De l’eau, du calcaire, quelques pins. Une chaleur sèche et une lumière violente. Qui oblige à plisser les yeux.

    Et qu’il est bon de se rappeler que Marseille est une cité phocéenne. Fondée suite à un acte d’amour, un mariage entre une fille ségobrige et un jeune marin grec. Gyptis et Protis. Nos parents à nous. Un peuple entier issu d’un métissage.

    Qu’importe ceux qui détestent le multiculturalisme, ils n’en effaceront pas la réalité juste en criant très fort. A Marseille, les calanques sont des cathédrales et la seule patronne de la ville est une mère d’une douceur infinie qui veille sur ses petits.

    La mer, avant tout le reste. Mare nostrum.

    Et je me suis encore une fois beaucoup éparpillée…

    Fabrizio Dori, rallumeur de mythes
    Fabrizio Dori - Le dieu vagabond - Chikita lit

    Alors voilà. Cette BD c’est d’abord du jaune et du bleu, de toutes les nuances possibles. Un feu d’artifice, un hommage avoué à Van Gogh dans sa période provençale. Des tournesols, des étoiles, du jaune, du jaune, encore du jaune.

    Et au milieu de tout ce jaune, comme une évidence, un satyre, Eustis, égaré par Pan et Dionysos, voilà plus de deux mille ans. Oui parce que Eustis lui, ce qu’il voulait c’était rattraper une jolie nymphe bleue. Mais celle-ci ne s’est pas laissée faire et l’a conduit jusqu’à sa patronne, Artémis.

    Là, une flèche en plein cœur l’a sorti de son monde magique et depuis, le force à errer, seul, triste et visionnaire parmi les mortels. Mais une rencontre inattendue avec Hécate, gardienne des portes et de la croisée des chemins, reine des spectres, lui permettra peut être de retrouver sa place auprès de Pan, de Dionysos, de la thiase et des nuits jaunes….

    C’est un livre magnifique qu’a créé Fabrizio Dori. Du côté de la chaleur, de la nuit, des fous et des clochards célestes.

    Tellement beau, tellement moderne.

    J’ai adoré.

    Chikita

  • Roman

    Chikita lit : des histoires où le pathétique frôle le sublime

    Benoït Toccacieli - Mes amis ne savent pas lire - Chikita lit

    Mes amis ne savent pas lire par Benoît Toccacieli, auto-édité, 2019

    Bon, soyons clairs, chez les auteurs auto-édités, il y a de tout mais il y a aussi de super choses ! Et j’ai eu l’occasion d’en présenter trois ou quatre sur ce blog.

    Des textes d’une grande qualité et très authentiques dans leur nature littéraire, qui ne jouent pas la facilité ni le ressort éculé. Qui n’ont pas peur d’être généreux. Bref des textes beaux et touchants.

    C’est le cas ici, clairement.

    Un long texte en trois parties comme un chemin en trois temps pour le personnage principal, trois temps pour tenter d’exister, de trouver sa place dans le monde.

    “On ne souffre pas tant qu’on reste enveloppé dans sa solitude. Il n’y a personne autour, personne à décevoir, personne à faire souffrir. Et personne ne peut nous atteindre non plus.

    Mais on ne reste jamais seul éternellement.”

    Benoît Toccacieli entre romanesque et fresque sociale

    “Mes amis ne savent pas lire” c’est l’histoire de Jean-Philippe, ancien enfant malmené par la vie et qui en a gardé des séquelles à travers un bégaiement stigmatisant. Ayant fui son existence, n’arrivant pas à surmonter la difficulté d’être, il se retrouve à la campagne, dans un petit village isolé, où il mène une vie solitaire faite de lecture et de silence.

    C’est sans compter sur une rencontre inattendue et un projet de construction d’autoroute qui mettent en péril sa survie discrète. Acculé, Jean-Philippe devra se confronter, arrêter de rêver sa vie et nouer des relations avec les autres pour tenter de retrouver une place au milieu des vivants. Y parviendra-t-il ?

    L’écriture est fine, délicate et sans faux-semblants. Jean-Philippe, personnage extrêmement fragilisé, est à la limite permanente de la rupture. Son immense faiblesse fait de lui un être incapable de tricher. Cette mise à nue, assez déstabilisante je trouve, dans un premier temps, donne pourtant le ton de l’histoire. Une histoire sans fard, sans concession sur son environnement, comme ces descriptions tellement crues sur la vie dans cette campagne paupérisée.

    Le tout est émaillé de citations littéraires (le procédé ne m’a personnellement pas vraiment touchée) mais qui s’insèrent avec beaucoup de pertinence le long du texte.

    Une histoire triste sur une vie grise, qui ne se laisse pas approcher facilement mais qui connaît de beaux moments de grâce.

    Merci beaucoup, Benoît de m’avoir confié votre texte pour pouvoir en parler ici !

    Chikita